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La mémoire des murs, Tatiana de Rosnay

13 mai 2008

Ce roman a été écrit avant Elle s'appelait Sarah, et l'on voit déjà ici le chemin qui y a conduit.

Pascaline, une quadragénaire divorcée au physique agréable lorsqu'elle prend le temps de s'occuper d'elle (ce qu'elle ne fait pas), emménage dans un nouvel appartement parisien. Les lieux lui plaisent et répondent à ses critères, mais après y avoir passé un moment, elle commence à avoir des malaises lorsqu'elle est dans sa chambre, au point qu'elle préfère dormir dans le salon.

C'est alors qu'elle apprend qu'il y a quelques années, un tueur en série a assassiné Anna dans cette même chambre… Ce drame sordide va vite l'obséder, au point que sa vie personnelle et professionnelle vont en pâtir.

Voilà une histoire à l'ambiance pesante et mystérieuse, où les fantômes de jeunes filles sauvagement tuées viennent hanter l'esprit d'une femme apparemment ordinaire. Entre le besoin de comprendre, le désir de ne pas faire disparaître la mémoire de ces jeunes femmes et le drame qu'elle a connu elle-même il y a quinze ans - blessure jamais refermée - la narratrice de La Mémoire des murs est prise dans un engrenage qui va la mener bien au-delà de ce qu'elle envisageait en s'intéressant aux victimes du meurtrier multirécidiviste.

Ce roman psychologique m'a plu parce que l'auteur mène sa plume avec habileté, particulièrement lorsqu'il s'agit de mettre en scène des lieux qui ont une âme*… Il vous entraîne dans un univers que l'on aimerait imaginaire mais qui, hélas, reflète le terrible contenu des faits divers relatés dans les journaux.

* Je me demande si j'ai bien fait de le lire juste avant de déménager dans un nouvel appartement !!!!!

Special thanks : un grand merci à Tatiana de Rosnay pour sa gentille dédicace !

Le site de l'auteur

Les avis de : Cuné ; Lily ; Anne, Sylvie ; Antigone ; Valdebaz …

Nouvelle édition en broché : Héloise d'Ormesson, mai 2008, 142 p.

Millénium 2 : La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette, Stieg Larsson

10 mai 2008

WAOUH ! Encore un excellent moment de lecture avec ce deuxième tome de la trilogie de Stieg Larsson. Pour les (rares) lecteurs qui n'en auraient encore jamais entendu parler, je vous renvoie au tome 1 : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes.

Que dire, à part que cette nouvelle enquête du journaliste Mikael Blomkvist m'a tenue en haleine durant les 652 pages du livre ? Là encore, sur un fond de scandale politique et du milieu de la prostitution, l'investigation journalistique et l'intrigue policière s'entremêlent et donnent lieu à un cocktail détonnant de suspense, de pression, de conjectures exaltantes pour arriver enfin à entrevoir peu à peu la vérité… glaçante !

Lisbeth Salander, jeune surdouée de l'informatique à l'aspect d'adolescente gothique qui avait aidé Mikael à étouffer le scandale dans Millénium 1, est ici le personnage clé. Sa vie est un véritable parcours du combattant. Malgré tous ses défauts, cette fille est très attachante et l'on se ronge les sangs pour elle dans ce second tome ! D'ailleurs, on passe par toutes les émotions et les couleurs… C'est délicieux !

C'est un thriller passionnant, bien écrit… juste un peu trop court !!! La fin m'a laissé sur la mienne ! Heureusement, il me reste un tome à lire : vais-je réussir à patienter comme je l'ai fait pour Millénium 2 ?!

Ed. Actes Sud, 2006, 652 p.

Piffée !

8 mai 2008

De retour après quelques jours de vacances (bien mérités, cela va de soi !), j'ai été accueillie par un mystérieux colis…

Il s'agissait d'un faire-part de naissance… de ce mignon petit animal rose aux grands yeux verts !

Bienvenue à Rosalie, puisque tel est son nom… C'est mon chat qui est content d'avoir une copine !

Et la miss Cat était livrée avec ses croquettes spéciales (de marque Car en Sac : j'ai dû les goûter pour vérifier qu'elles n'étaient pas empoisonnées ! Laughing )

Un grand MERCI à … Valdebaz, pour cet admirable PIF (mais comment as-tu fait ?! o-Ô j'ai grave la pression pour mes PIFs, maintenant, gloups !).

 

 

 

Un brin de bonheur…

1 mai 2008

… A tous ceux qui passent ici aujourd'hui !

 

Sous la dalle, Henri-Frédéric Blanc

30 avril 2008

Acheté sur un coup de tête, ou plutôt sur un coup d'oeil à la première et quatrième de couverture, je ne savais pas du tout à quoi m'attendre en ouvrant ce roman d'Henri-Frédéric Blanc. Eh bien, je peux dire que l'auteur a pondu un livre aussi original que son prénom.

Enterré vivant par mégarde, un homme doit affronter sa terreur, ses angoisses les plus enfouies (!) et surtout ses pertes de mémoire (ceux qui me connaissent comprendront que là, je ne peux que compatir ! ;-) ). Il ne souvient plus de son nom ni de ses dernières années de vie avant qu'il ne se trouve dans cette fâcheuse posture… Et cela est particulièrement handicapant, d'autant qu'il s'aperçoit assez rapidement qu'on l'a mis en bière avec son téléphone mobile, qui a tout l'air de fonctionner sous terre (hélas, l'auteur ne mentionne pas l'opérateur fournissant ce service, pour ma part, je capte déjà mal chez moi et à mon bureau, j'aurais bien changé de fournisseur…).

Pour en revenir à notre pseudo-mort, sachez qu'il tente de succomber à la folie, mais malheureusement, sa lucidité semble au contraire s'affûter, le plongeant dans des affres de douleur et d'impossible espoir… En effet, il parvient à joindre différents interlocuteurs, à commencer par la police, mais personne ne le croit !

S'ensuivent alors des dialogues improbables avec les "viandeux d'en haut", de longues réflexions sur la vie et son passé en particulier, et plus la Mort approche, plus le futur cadavre se sent un amour immodéré pour la Vie et les choses insignifiantes du quotidien.

La plume d'Henri-Frédéric Blanc est particulière : grinçante, jouant avec les mots et l'humoir noir, tout le monde n'aimera pas… Pour ma part, j'ai plutôt aimé - malgré quelques longueurs du texte - et particulièrement la scène du pince-fesses avec les morts du cimetière : un chapitre très réussi !

Extrait (p. 144) :

"Il était sur le qui-vive, les défunts qui l'entouraient semblaient tous un peu jaloux du reste d'existence qui palpitait encore en lui, de l'odeur de réalité émanant de sa personne. Eux seuls pouvaient l'aider à survivre, mais les noyés se moquent bien du naufragé agrippé à sa planche, leur unique plaisir c'est qu'il y ait un noyé de plus.

L'orgue se déchaînait, accompagné à la cornemuse par le tué du remonte-fesses, tandis que défunts et défuntes, exaltés par un requiem de plus en plus frénétique, se montaient l'occiput et criaient vengeance en pointant leurs os vers le "plancher des lâches" où végétaient ces sales debout aux faces de mardi gras, ces emmachinés, ces temporeux rosâtres, ces existouilleurs, ces vivants d'eau douce, ces respirateurs téléguidés, ces puceaux de la mort, ces bitumeux ingrats, ces vivantards bouffis, tous ces "viandeux d'là-haut" qui possédaient encore des oreilles pour écouter le chant des oiseaux et les vagues de la mer, mais qui préféraient les inepties et les mensonges de la télévision."

Ed. Le Serpent à plumes, coll. Motifs, 193 p.

Passer l’hiver, Olivier Adam

28 avril 2008

J'avoue avoir eu un a priori en ouvrant ce livre, car j'avais trop entendu parler de l'auteur - dont je n'avais encore rien lu - et j'avais l'impression que je n'aimerais pas son style.

Et bien, j'ai été agréablement surprise ! Dans ce recueil, neuf nouvelles, et autant de personnages "fatigués, fragilisés par la pénibilité de leur travail et l'échec de leur vie personnelle". "Un professeur en congé plus ou moins forcé pleure la mort de Pialat, une infirmière de nuit s'épuise au service des prématurés, un chauffeur de taxi erre sans but dans une banlieue déserte, une vendeuse dans une station-service est d'astreinte la nuit du Nouvel An, une secrétaire est réquisitionnée par sa patronne le soir du 24 décembre pour boucler un dossier…" (présentation de l'éditeur)

Ces personnes n'ont rien d'extraordinaire : elles sont, comme des milliers de gens, au bout du rouleau, et doivent puiser dans leurs dernières forces pour tenter de s'en sortir, de continuer… ou de s'enfuir.

Contrairement à d'autres recueils que j'ai beaucoup aimés, (comme ceux d' Emmanuelle Urien ou de Charles Gancel), il ne s'agit pas ici de nouvelles "à chute" : l'intensité dramatique est dans l'ambiance, dans la description d'un court moment de vie où celle-ci est sur le point de basculer, d'un côté ou de l'autre… Cette approche ne m'a pas dérangée, et finalement, j'ai vraiment bien aimé Passer l'hiver… Place au printemps, maintenant !

Special thanks : il s'agit d'un livre Lotobook envoyé par Alice, que je remercie !

Le Sauveteur, Jirô Taniguchi

27 avril 2008

Présentation de l'éditeur :

Shiga est gardien de refuge dans les Alpes japonaises. Il y a treize ans, son ami Sakamoto lui a demandé, avant de mourir, de veiller sur sa femme et sa fille. Une tâche dont Shiga n'a pas eu à s'acquitter jusqu'au jour où l'épouse de Sakamoto vient solliciter son aide pour retrouver sa fille disparue. Shiga quitte alors sa montagne et se retrouve rapidement à Shibuya, l'un des quartiers chauds de Tôkyô. Là se dévoilent le vrai Visage de la jeune Megumi et un monde la nuit aussi dangereux que sordide…

Jirô Taniguchi promène ici son lecteur des grands espaces à la jungle urbaine, jusqu'à un final magistral. Une nouvelle démonstration du talent de l'un des grands de la BD nippone.

Mon avis :

Cette histoire en treize chapitres est agréable à lire, mais elle ne m'a pas transcendée. Une histoire d'amitié sur fond de culpabilité, de jolis paysages de montagne puis l'animation des quarties chauds de Tôkyô, un héros plus vrai que nature et une jeune fille à sauver… Un scénario assez classique ! Le graphisme m'a plu, même si Shiga, le héros, a toujours un peu la même expression avec ses sourcils froncés (cf. la couverture !).

Il y a certainement un reflet de la réalité quant aux moeurs de la jeunesse japonaise, et cela est bien inquiétant : des jeunes filles encore lycéennes ont des "souteneurs" qui leur payent le karaoké et des consommations en échange de quelques faveurs…

Le Sauveteur est un manga plaisant, facile d'accès, que vous pouvez découvrir tranquillement si vous tombez un jour dessus !

Ed. Casterman, 2007, 334 p.

Six appeal, Janet Evanovich

23 avril 2008

Rien de tel, pour se changer les idées après une lecture triste ou difficile, qu'un bon vieux Janet Evanovich… (Fashion : remerciements éternels pour le tuyau).

Souvenez-vous, j'étais restée sur un suspense insoutenable à la fin du tome 5 : qui du flic Joe Morelli ou du chasseur de primes Ranger allait vivre une torride soirée avec Stéphanie Plum, l'héroïne fantaisiste de la série ?

Eh bien, j'ai la réponse !! Naturellement, vous n'en saurez rien, je ne suis pas sadique au point de gâcher un pareil moment d'accélération de rythme cardiaque…

Bref, pour en revenir à Sex appeal, il contient tous les ingrédients désormais attendus et qui font cependant toujours plaisir : Mamie Mazur (qui vient hélas emménager chez Stéphanie, bonjour les ronflements !), Lula l'ex-prostituée, devenue l'adjointe sans peur et sans honte vestimentaire de Stéphanie, des rendez-vous galants avec vous-savez-qui, de méchants bandits (et aussi deux bandits assez gentils, il faut le reconnaître), des revolvers, des situations extravagantesdes cadavres de voitures, Rex le hamster et Bob, le chien*.

* Bob le chien est un nouveau personnage aussi glouton que Stéphanie, mais en chien. J'espère le retrouver dans le tome 7 !

On en a pour son argent : 100 % de détente, des sourires, une enquête menée sans aucune logique mais avec beaucoup d'intuition féminine et de barres chocolatées : quel bon moment de lecture ! Hélas, mon stock s'amenuise à vue d'oeil : je n'ai plus que 3 tomes à lire (en VF). Tâchons de les faire durer.

Philippe, Camille Laurens

20 avril 2008

A la suite d'un article de Thom comparant trois livres sur le thème de la perte d'un enfant, Puisque rien ne dure (Laurence Tardieu), Tom est mort (Marie Darrieussecq) et Philippe (Camille Laurens), j'ai eu envie de découvrir ce dernier.

Dans ce livre à caractère autobiographique, Camille Laurens raconte sa douleur d'avoir perdu son premier enfant, très peu de temps après sa naissance.

Souffrir, d'abord. Comprendre, ensuite. Vivre, puisqu'il le faut, et enfin écrire sa souffrance, voilà les quatre parties qui composent ce texte.

Il est très difficile d'exprimer ce que l'on ressent à la lecture. Les réactions sont sans doute différentes selon la sensibilité et la situation de chacun. Pour ma part, ce récit à la fois factuel et imprégné d'une douleur palpable dans chaque ligne m'a abasourdie, révoltée, glacée, bouleversée.

Il n'y a point de suspense quant à ce qui est arrivé à ce petit garçon, Philippe, qui aurait quatorze ans aujourd'hui. Camille Laurens raconte son épreuve tout en criant son incompréhension, son immense chagrin, et le manque qui perdure. Comment continuer à vivre sans autres souvenirs de son enfant que les premiers instants de sa naissance ? Quel enfant, quel homme serait-il devenu ? Autant de questions qui ne trouveront jamais de réponse.

Ce livre est dur mais je ne regrette pas de l'avoir découvert. Il met le doigt là où ça fait mal : sur l'horreur indiscible de la perte d'un enfant, sur l'impuissance d'une mère face au corps médical, sur l'éloignement de certains proches embarrassés par un tel malheur…

Un témoignage fort, digne, où l'auteur a su faire partager son sentiment d'injustice sans tomber dans les pièges de l'impudeur ou d'une quelconque vengeance.

A ne pas mettre entre toutes les mains, à mon avis, le futur lecteur doit au moins être averti du sujet du livre… Quant à moi, je lirais bien les oeuvres qui ont suivi la parution de ce premier roman, si quelqu'un en a à me conseiller, mon crayon est sorti, prêt à noter !

(Philippe est sorti en poche en mars 2008, chez Gallimard, collection Folio. 81 p.)

Extrait (p. 37) :

"On dit que les femmes racontent leurs accouchements comme les hommes leurs guerres. En temps normal, il ne me serait pas venu à l'idée de le faire : mettre un enfant au monde était pour moi un événement naturel, il n'y avait pas lieu de le commenter. Mais il se trouve que le 7 février dernier, cet accouchement est devenu la guerre, avec sa violence, sa lâcheté, sa misère, et la mort au bout."

Amok, Stefan Zweig

16 avril 2008

Comme cela fait du bien, de lire un auteur aussi doué que Zweig ! Je n'en suis encore qu'à mes débuts avec cet auteur (après Le joueur d'échecs et La confusion des sentiments), mais j'apprécie de plus en plus son style et c'est un plaisir à chaque fois renouvelé de me plonger dans ses oeuvres.

Ici, trois récits publiés pour la première fois en 1922 sont regroupés :

Amok ou le fou de Malaisie raconte l'histoire d'un passager sur un bateau (oui, comme dans le Joueur d'Echecs !) partant de Calcutta pour rejoindre l'Europe. Etouffant dans sa petite cabine, il sort au milieu de la nuit se rafraîchir sur le pont. C'est alors qu'il devine une ombre, non loin de lui. Un homme mystérieux, aux yeux de fous, se tient là, tellement tourmenté par son histoire qu'il va la raconter à notre passager. Le thème de la folie, cher à l'auteur, est ici encore exploité de manière habile. Entre passion, jeux de pouvoir, et véritable folie, la frontière est mince…

La Lettre d'une Inconnue m'a littéralement fait frissonner. Quel texte admirable ! Dans quel état a dû se trouver cet homme, la quarantaine épanouie, écrivain et homme à femmes, qui reçoit un jour une lettre épaisse de vingt-quatre feuillets, de la part d'une illustre inconnue… A moins qu'en fouillant dans sa mémoire… C'est une magnifique histoire de femme qui aime de tout son coeur, sans compter, sans rien attendre en retour. Un amour profond, sincère, durable, unique et unilatéral… C'est rare, mais époustoufflant !

Après cela, rien de tel qu'une petite ballade dans La Ruelle au clair de lune… Cette fois, c'est un pauvre bougre qui fréquente une auberge où il se fait lamentablement traiter par la taulière et surtout la servante. Mais là encore, un sombre passé explique cet étrange comportement, cet entêtement de l'homme à revenir dans cet établissement pour se faire humilier… Mais jusqu'où supportera-t-il ce traitement ? Amour et folie, un duel éternel dont aucun ne sort jamais totalement vainqueur…

Stefan Zweig maîtrise remarquablement l'art d'imbriquer les récits les uns dans les autres, il fait des allers et retours dans le passé sans que l'on perde le fil de l'histoire, il use d'une langue châtiée sans être rébarbative… Bref, un Maître qui mérite sa place dans mes auteurs favoris !

Un grand merci à Chiffonnette pour le prêt !

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